Un Jean Paul Lemieux trouve preneur pour 2 millions $

Pierre-Olivier Fortin, Le Soleil
Publié le 25 novembre 2011

Jean Paul Lemieux
L'oeuvre de Jean Paul Lemieux 1910 Remembered évoque
les étés de son enfance au Manoir Montmorency

(Québec) Un trésor signé Jean Paul Lemieux mis aux enchères par l'encanteur Heffel a trouvé preneur pour 2 millions $ à 16h26, jeudi à Toronto. Dans sa toile, le célèbre peintre québécois mort en 1990 évoque avec nostalgie les étés de son enfance passés en famille au Manoir Montmorency, mais à partir d'aujour­d'hui, on se souviendra aussi de 1910 Remembered comme étant l'oeuvre contemporaine canadienne la plus chère jamais vendue.

L'enchère du lot 18, qu'on pouvait suivre en direct sur le Web, a bien duré cinq ou six minutes. Les téléphonistes et les acheteurs dans la salle ont vite dépassé le prix de départ de 850 000 $ pour plafonner à 1,6 million $ pendant de longs instants. Mais la course est repartie de plus belle pour se terminer à 2 millions $. L'annonceur a fièrement clamé qu'un nouveau record venait d'être établi pour cette catégorie, couronnant du même coup Lemieux comme «champion de l'art contemporain canadien».

Dire que, quelques minutes plus tôt, le président de la fondation du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), John Porter, s'attendait à une vente autour de 1,5 million $ et se trouvait plutôt audacieux d'évoquer qu'elle pourrait, peut-être, atteindre 2 millions $...

«2011 a été une grande année pour Lemieux», souligne Tania Poggione, directrice du bureau d'Heffel à Montréal. En effet, en mai dernier, un tableau de Lemieux, Les moniales, franchissait pour la première fois le cap du million de dollars, se rapprochant du record précédent de 1,6 million$ (Il était une fois une ville) établi par Jean-Paul Riopelle, toujours dans la même catégorie.

«C'est un peu une bataille entre Lemieux et Riopelle pour le record!» sourit Mme Poggione. Le peintre né et décédé à Québec vient ainsi de gagner une manche.

Cette surenchère, estime-t-elle, «en dit long sur importance de l'art québécois, qui rayonne non seulement au Québec, mais au niveau national et international».

Acquéreur confidentiel

Comme à l'habitude, les noms des vendeurs et des acheteurs sont gardés confidentiels. Cependant, Mme Poggione mentionne que l'acquéreur est un collectionneur privé québécois - et non un musée, puisque les institutions disposent rarement de tels budgets. On sait aussi que le tableau a d'abord appartenu à la femme et à la fille de Jean Paul Lemieux. Par la suite, relate Mme Poggione, Rosaire Archambault, fondateur des magasins du même nom, en fait l'acquisition avant de le vendre à son voisin, un collectionneur de Montréal. C'était la première fois que l'oeuvre était mise aux enchères publiquement.

La plus importante collection d'oeuvres de Lemieux au Canada se trouve au MNBAQ. «S'il y avait un tableau icône de Lemieux, c'est probablement lui», insiste M. Porter. «Il est hyper connu, hyper reproduit, il est partout. Vous le voyez et vous pensez tout de suite à Lemieux et à ce qu'il a fait de meilleur», puisque qu'il a été peint au «somment de sa carrière», en 1962.

Dans sa toile, l'artiste se peint enfant, dans un uniforme de matelot, entre se son père et sa mère qui divorceront bientôt. L'enfant se trouve sous un nuage noir dans un décor épuré et fixe l'admirateur droit dans les yeux, alors que ses parents, eux, semblent se regarder. On dirait qu'ils sont ensemble, mais à la fois séparés dans l'espace, qu'ils se parlent sans vraiment se parler, décrit M. Porter. Il s'agit d'une oeuvre très typique de Lemieux, qui a l'habitude de montrer de grands espaces et d'aborder à travers ses personnages les thèmes de la nostalgie, de la solitude, de la peur et de l'incompréhension.

Lemieux est un peintre «miroir», «identitaire» pour les Québécois, ajoute M. Porter, qui ne peut que se réjouir de la notoriété grandissante des peintres d'ici qui ne cessent de fracasser les records.

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